Archive pour janvier 2005
Titre volé
En ce dimanche matin radieusement ensoleillé, les oiseaux sifflent la marseillaise, Ginette n’a pas tartiné son caca jusqu’au plafond cette nuit, la chaudière n’a pas explosé, C. s’est levé du bon pied ; tout va bien dans le meilleur des mondes.
Neuf heures, sac à main en bandoulière et monnaies dans les poches, nous nous dirigeons vers la bagnole, garée à quelques mètres de la maison, dans l’optique de faire un tour au marché aux puces.
- « Fais-moi penser à acheter de la peinture au vendeur voleur de Castorama et … »
- « Léléles pooortes d’la voitur’ sont ‘vertes ! »
- « Hein ? »
- « LES PORTES SONT OUVERTES BORDEL ! »
- « Me dis pas que t’as oublié de fermer les portes espèce de … »
Soudain, un trou béant habituellement comblé par le poste me saute aux yeux aussi violemment qu’un chat enragé.
Je pousse alors un cri de détresse plus profond que le gouffre d’une pute s’apparentant à un : « Ah ! Ahhh ! AHHH ! Mais non ! Non ! NOOON !» suivi d’une kyrielle de noms de dinausaures en battant des bras et en serrant les poings comme une Nelly Olson vraiment pas contente.
C. qui venait de jongler du blanc à l’orange s’installe dans la voiture légèrement plus bordélique que d’habitude. Nous observons notre chez nous mobile violé, souillé, saccagé, déchiré au plus profond de son âme routière, des injecteurs aux tuyaux d’échappement.
Ouvrant la boîte à gants qui nous servait essentiellement de tiroir à CDS, nous nous apercevons que le(s) connard(s) ne s’est pas privé de notre belle collection d’originaux et de CDRW gravés.
Je pousse alors un second hurlement désespéré en totale harmonie vocale avec C. qui passe alors au vert en se transformant en Hulk.
Bizarrement, mes lunettes, les détritus de bonbons, les tendeurs, les quelques centimes (les marrons foncés, pas les jaunes), l’élastique, et les cartes routières ne l’a pas charmé. L’autoradio CDs Mp3 pratiquement neuf lui suffisait ; s’encombrer de petits trucs insignifiants pendant les soldes n’étant qu’une perte de temps et de fric, je le comprends tout à fait.
En plus d’être pourri, ce honteux primate, qui mérite d’avoir les deux menottes coupées au cutter, est aussi con puisqu’il n’a même pas pris la peine de piquer en prime le boîtier du poste, ce qui à la revente est un détail complaisant non négligeable. Autant faire les choses correctement. Sa hâte excuse son erreur ; moi aussi, je ne suis pas très objective quand je fais du shopping à la va-vite. Peut-être même qu’il a pu vivre sa précipitation comme stressante, peut-être qu’il le vit mal, qu’il a eu des ampoules aux panards en courrant, qu’il est socialement rejeté ou mou du gland. Tant de questions criminelles qui resteront sans réponses.
La portière côté conducteur a été apparemment attaquée par un instrument de type pied de cerf qui a laissé des traces de renfoncement qui passent cependant bien avec d’anciennes marques sur la carrosserie au niveau de l’aile droite, une chance que cette dégradation affirme le style authentique usé de la caisse (comme sur les jean’s fashion usés jusqu’à la corde mais hypra chers mais méga tendance attention).
Après observations des préjudices collatéraux (choc matinal, traumatisme psychologique, hantise d’oublier un briquet sous un siège), nous nous rendons chez les flics dans leurs luxurieux nouveaux bureaux colorés d’un moche bleu roi qu’ils aiment tant.
- « Tu fermes pas ? »
- « Fait chier, rien à foutre, merde, … » répond C. légèrement énervé.
- « Laisse le coffre ouvert tant que t’y es ! »
- « Fait chier, rien à foutre, merde, … »
Le sous poulet, option adjoint dactylo, note l’heure (9h28) et le motif (vol et dégradation sur véhicule) de notre arrivée dans un beau cahier couvert de colonnes. Il nous dit de patienter. Nous patientions.
Installés sur une longue rangée de sièges en ferraille inconfortable et casse cul, nous critiquons à peu près tout ce qui nous passe sous le nez, des individus customisés costumisés à l’architecture façon « perte d’espace » en passant par le glandage professionnel intensif observé.
Au bout d’une demi-heure de spectacle ô combien passionnant (nous voyons notamment passer une Julie Lescaut version rangers et un pète-plus-haut-que-son-cul à talonnettes relatives à son homosexualité), nous retournons au bureau d’accueil nous plaindre et menaçons même de partir chez l’ennemi à ssvoir les gendarmes.
Résignés, nous dépensons alors notre ferraille réservée aux puces aux distributeurs, dont les prix étaient horriblement élevés, pour grignotter un petit-déjeuner passe-temps.
Une heure et demie après, nous ressortons, notre PV en main.
Après négociations de non violence avec C. (« faut pas faire la violence, faut faire la brutalité » © Schnoudeul), nous décampons au marché aux puces en quête de notre autoradio dans l’espoir de le retrouver, sain et sauf, aux côtés de nos CDS sur un étalage.
Tels des espions dont la mission est de la plus haute importance orgueilleuse et financière, C. et moi opérons stratégiquement en longeant chaque rangée ; lui scrutant à droite, moi à gauche. Habituellement entraînés à chercher le vieux grand miroir « comme dans les châteaux » piqué mais pas trop, fissuré mais pas trop non plus, nous décelons alors que la vente illicite de gadgets de bagnoles volés la veille est conséquente sur un point de vue quantitatif.
Conseillé par Monsieur l’Officier de Police judiciaire d’appeler le 112 dès apparition/révélation/jubilation du matériel, nous sommes donc prêts à bondir sur une cabine téléphonique/un gars avec un portable/un flic en civil à tout moment.
Les fausses joies se succédaient : mais non celui-là n’était pas assez gris, l’autre pas assez petit … Avec du recul, je me demande si on aurait pas du en choisir un au pif.
D’ailleurs peut-être pourrions-nous même passer une commande de pneus ? Ah ! Non, nous ne participerons pas à l’engraissement du traffic de ces méchants bandits immorales même si des pneus Michelin à tiers de prix tenteraient Mère Thérésa.
Nous guettons. Nous bouillons. Nous perdons.
Nous repartons bredouille comme des andouilles sans même prendre le temps de refaire le tour des stands, cette fois, pour notre plaisir personnel par manque de monnaies et dégoût et aussi parce qu’avec la goutte au nez à la place d’un bon manteau chaud., l’envie de retourner à la maison nous morfondre sur notre sort étant plus fort.
- « Tu sais ce qu’ils font le samedi soir certains gens ? »
- « Ils vont en boîte de nuit ? »
- « Ca, c’est les gentils cons. »
- « Ils baisent ? »
- « Ca, c’est les gens normaux mais les méchants, eux, font le ravitaillement de leur stock commercial. »
Les urgences
Alors que les vampires sortaient s’abreuver, C. est pris d’une musclée rage de dent similairement violente au raz-de-marée asiatique *.
Les effets râlants ** et la boîte de codéine agissant autant qu’un coup de pied aux cul couilles, nous décidons d’ouvrir une parenthèse à notre nuit en déclinant dans la joie et la bonne humeur l’invitation insistante de Madame Morphée.
Attifée d’un soutif agrafé à l’envers, de chaussettes dépareillées et d’un pull chopé au vol assorti à ma taie d’oreiller, je sautais dans la bagnole, les cheveux à peu près aussi bien coiffés que ceux de Jane Birkin. Direction le CHU nîmois Carémeau réputé pour ses nouveaux bâtiments surdimensionnés et ses allées travesties en rue par des panneaux de circulation lui filant des allures de petite ville morbide où il fait bon mourir.
J’appris par la même occasion qu’un C. souffrant est un C. qui grille les feux rouges et bouffe les lignes blanches à la pelle.
Bien qu’à mon avis, les dents n’ont pas d’incidence biophysique sur la maîtrise des yeux, il semblerait que C. ait contracté parallèlement une baisse d’acuité visuelle. Je ne suis pas sûre qu’au moment où je lui exposais ma théorie, il l’avait bien prise (à savoir dans le sens de la circulation).
Heureusement, la ville dormait paisiblement et les flics étaient au poulailler entrain de piner leur dinde.
Passé le barrage et l’interrogatoire du gardien assurément formé au FBI et ancien membre de la mafia, nous avons la permission d’entrer aux urgences. A notre mauvaise surprise, nous découvrons qu’elles sont remplies comme un après-midi de mercredi où les gosses tombent des arbres et les papas se coincent le zgueg dans leur fermeture éclair à l’intérieur des chiottes du club de peinture sur hamster.
Pendant que nous faisions la queue leu leu, les cris de détresse d’un môme nous parviennent aux oreilles. A en juger par le décibel de ses hurlements répétitifs, il devait être charcuté à la scie sauteuse.
L’atmosphère se glace. L’agent de sécurité dit une banalité. Le peuple feint d’avoir les oreilles bouchées par dix kilos de cire humaine.
Je fais les gros yeux à C. qui me les rend d’un air de dire « après, c’est moi qui y passe ».
Puis, notre tour arrive et nous nous avançons enfin au guichet. Il est décoré par des guirlandes scotchées au sparadrap ; j’imagine alors des guirlandes de bigoudis orner les salons de coiffure à cet instant précis.
Derrière le comptoir, je discerne trois blouses blanches à même le sol qui encerclent ledit gosse qui s’égosillait de terreur, l’un des bras tenant une énorme seringue à la main, le tout dans un coin de la salle d’attente de pédiatrie.
Tout ce professionnalisme me file alors des frissons.
Une fois la carte vitale demandée, l’infirmier inscripteur nous demande d’un ton implorant et presque la larme à l’oeil : « maintenant, vous allez devoir vous séparer. Mademoiselle, patientez en salle d’attente ».
Le vieux croulant coulant de tous les orifices et la multitude de dingues présumés remplissant la salle de roulages de pouces ne me donnant par particulièrement envie de m’asseoir à leurs côtés, je file dans la voiture froide, noire mais tout de même plus chaleureuse que cet hôpital.
Des salles d’attente tout de baies vitrées charpentées, j’aperçois un homme figé qui m’observe aussi connement que je le fixe. Je finis par me dire qu’il a un torticolis aggravé et non un grain au cerveau.
Très vite, ce petit jeu d’imaginer le problème de santé de ces gens m’ennuie et je pars à la recherche d’un stylo dans mon foutoir ***
N’y dénichant rien d’écrivable, je retoune la charrette, une portière ouverte pour m’éclairer. C’est sans complexe que j’avoue ne pas connaître le bouton pour allumer les lumières et n’étant pas téméraire en automobile, je préférais m’abstenir de tout tripotage imprudent.
Je retrouve de vieux magazines d’entrevue, des cartes, des sachets de bonbons, du fric, un tournevis, une fiole de patchouli et un poing américain. Finalement, mes doigts tombent à tâtons sur un bic et je me sers d’une feuille intitulée « rapport géométrie véhicule » pour gratter ; le susnommé document n’étant pas soigneusement rangé dans un classeur à la maison, j’imaginais qu’il ne devait pas être important.
Des pompiers, plusieurs fois, font des cargaisons de supers grands malades tuyautés qui grillent, à coup sûr, la place de C. .
Sachant que l’autre jour, Schnoudeul avait poireauté cinq heures entre la mémé à moitié raide et le môme vomissant pour repartir avec une minable ordonnance de doliprane qu’elle avait déjà dans sa pharmacie personnelle, j’espérais utopiquement que C. sortirait avec des cachetons de morphine en poche.
Ont-ils séquestré C. en observation dentaire le restant de la nuit ?
A t-il été sauvagement violé par des apprenties infirmières alors qu’elles lui administraient un puissant suppositoire ?
A-t-il eu le privilège de rencontrer un double du Docteur Green ?
A t-il été entubé faute d’être& intubé ?
En définitive, il est ressorti avec ça :

* Si vous voulez faire un don, sortez les cartes de crédit.
** Efferalgan.
*** Sac à main féminin.
































































































































