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Et le vélo dans tout ça ?

16 juin 2005

Vous aussi peut-être que vous faites partie de cette catégorie de radins personnes qui préfère réparer elles-même leur magnétoscope de l’an quarante de l’ère des cassettes rembobinablement chiantes qui s’altèrent fatalement en ratatouille de bobines spaghetiennes.

C. a signé un contrat à durée illimitée avec cette secte du « répares avec tes mains, tu pourras t’acheter du savon ».

C’est ainsi qu’il a passé un samedi entier les mains et d’autres choses dans les entrailles de notre pauvre bagnole pour une opération de greffe d’embrayage, aidé bien entendu d’un gars qui s’y connaît en autopsie de voitures. Afin d’exécuter l’ablation/transplantation, le tacot a été déshabillé des roues à insérez-ici-un-terme-technique-automobile et dépecé en petites-pièces-que-si-tu-les-paumes-t’es-dans-le-caca.

Une certaine crainte s’est emparée de mon corps quand j’apperçus* la zess-mobile (avec option chauffeur) qui connaît par cœur le trajet maison/H&M et qui emmène loin, là où ça change les idées (* juste apercevoir, de loin, au risque d’être traumatisée à vie, par une vue médicalement incorrecte de tripes mécaniques à l’air).

Comme un puzzle, chaque bidule en ferraille qui schlingue fut remis à sa place d’origine et nous pûmes repartir chez nous avec un embrayage plus mou que le poivron en mutation dans mon frigo depuis quelques mois.

L’intervention chirurgico-mécanico-quelque-chose terminée, C., sa nouvelle expérience de pseudo garagiste, les chiennes et moi rentrons donc sur Nîmes reprendre le cours de notre vie avec un véhicule réparé.

Nous roulions paisiblement quand soudain une saccade anormale nous surpris, moi la première en un : « AH ! Arrêtes-toi ! J’ai peur ! »

Sous mes beuglements stridents, C. s’exécute sur le bas côté de la double voie pas très rassurante. Plus calme qu’un bouddha endormi, il attend quelques secondes en songeant à ce que Dieu seul le sait puis repart tranquillement en se disant peut-être que la voiture avait juste pété un coup après tous ces tripatouillages obscènes.

Remise de mes émotions, nous papotions de tout et surtout de rien lorsque, quelques kilomètres plus loin, la boîte de vitesse (le joystick avec des numéros au milieu des deux sièges avants pour celles qui sont comme moi)(connes oui) fait un crrrrrrrrcrrrrrrrrrrrCRRRcrrCRRRcrrrr (je continue ou vous voyez ?) donc un bruit légèrement affolant pour une fille qui ne veut pas crever parce que Monsieur C. aurait oublié un boulon.

Lancé à grande vitesse, la pédale d’accélération même ratatinée sous la godasse de C. semble ne plus vouloir faire son boulot (comme dans les films seulement c’était pas les freins hein). Il se range à nouveau sur le côté de la route, stoppe le moteur, sort et joue le rôle du mec qui regarde sous le capot, histoire de.

Il devait être dans les anlentours des vingt et une heures. La nuit était pratiquement tombée. La lune nous faisait coucou et les étoiles se foutaient de notre gueule. Les bagnoles filaient à toute vitesse à quelques pas de nous, comme des flèches.

– « Et si je fais des grands signes, ils s’arrêteront non ? »

Lorsque certaines ralentissaient un peu, ouvraient leur fenêtre électrique et que leurs passagers hurlaient quelques chose d’à coups surs moqueurs en se bidonnant, j’abandonnais cette idée absurde, et définitivement lorsqu’un conducteur nous balança sa clope.

J’aurais aimé ficeler Candy et Ginette comme des sauciflards et les porter sur mon dos tellement je craignais que le mauvais sort ne nous suive encore et que la laisse ne craque, qu’une voiture dévie comme par hasard sur l’une des boules de poils ou qu’une papatte marche sur un bout de verre. On décide de marcher, pessimistes, jusqu’à la baraque de mes parents, soit une quinzaine de kilomètres, en espérant tomber, comme par enchantement, sur une cabine téléphonique ou que Dieu fasse son apparition parmi les astres et nous vienne à la rescousse grâce à ses pouvoirs de transportation. Là, vous vous dîtes tous « mais votre cabine portative mes chers ? » : pas de rechargement, pas de crédit, pas de possibilité d’appeler à l’aide. C’est le cercle vicieux de l’adepte du « faire soi-même » qui possède un téléphone portable en tant que réveil/calculette gratuite et oublie régulièrement d’acheter une carte de rechargement. Sur le coup, on se maudit de pas avoir demandé cette foutue carte au marchand de magazines pour poufs l’autre jour.

Bref, je commence à marcher, « de l’autre côté de la rambarde sinon c’est encore plus dangereux bordel » avec Candy et Ginette que la ballade imposée n’a pas l’air de déranger. C. cherche encore mon sac à main bric-a-brac dans la voiture pourrie, cassée, de chiottes. Il me rejoint.

– « T’as pris le portable au moins ? »

– « Ben non ! Il faut ?.. »

– « Ben oui, il faut ! Mais ? T’es con ? »

Il rebrousse chemin et fouine dans le coffre. Je l’attends impatiemment sous le ciel qui s’assombrit et qui me refroidit les bras. Je le vois alors marcher à grand pas vers moi avec l’ordinateur portable.

– « Qu’est-ce que tu fous avec ça ? »

– « Ben tu m’as dis d’le prendre ! »

– « Je t’ai dis le PORTABLE, pas ça ! »

– « Pour moi, un portable c’est CA ! »

– « Mais tu crois qu’on va en avoir besoin maintenant hein ? »

– « Tu me dis, je prends moi. »

– « Et si je t’avais dis de prendre une roue tu l’aurais fais ? Mais ? T’es con ? »
Je ne l’ai même pas poussé sous un camion qui passait.

– « Bon allez on va pas passer la nuit dessus. »

– « Ben ramène ta merde à moins que tu veuilles la porter pendant chais-pas-combien-de-kilomètres … »

C. essaie alors de fourrer de force l’ordinateur dans mon sac à main déjà blindé.

– « Ca rentrera jamais, c’est pas une valise que j’ai. »

Il me regarde désespérément.

– « Ben pose-le sur le côté-là, dans l’herbe, on le prend après. Qui d’autre traîne par ici ?! »

Il repart en trottant vers la voiture ; je prends ça pour une réponse négative.

Au loin, on voit un village sur une montagne. C. propose de traverser, seul.

Il m’a alors fallut cinq bonnes minutes pour lui faire piger que, de mon vivant, personne ne traverserait cette express où les chauffards se croient en simulation de formule 1.

On poursuit notre marche sur un kilomètre ou deux et tombe sur une bande d’arrêt d’urgence avec le fameux poste orange.

On appuie sur le gros bouton et quelqu’un nous répond : Dieu a l’accent du sud !

On lui file le numéro de téléphone de la baraque de mes géniteurs. Quelques minutes plus tard, le policier rappelle : « Monsieur biiip, il comprend rien du tout … » , mon paternel ayant l’intime conviction qu’il s’agissait d’une blague.

Je m’apprête alors à donner le numéro de portable de la Reine Mère, qui, aux moments des faits, jouait au loto dans une salle pleine de fumée avec une dingo qui croit que les avions sont pendus à un fil transparent et ma grande soeur que je vénére à tout-jamais.

– « Alors c’est le 06 … »

– « Oui … »

– « Euh … et euh … Han j’men souviens p’u’ ! »

– « Mais si, concentre-toi » me dit C. qui répétait les numéros à la couilles-line policière.

Le sort de nos pieds était entre les mains de ma mémoire paniquée. Après une respiration profonde de pots d’échappements, je parviens à lâcher intégralement le numéro sauveur.
Après plusieurs coups de fils pour nous situer, nos sauveurs débarquent avec leur tracte-mobile surpuissante pour un retour à la case départ.

Il semblerait que la bagnole ait fait un rejet de la greffe d’embrayage. Son état est encore instable. Les donneurs se faisant rares, il est possible qu’elle ne se remette jamais sur roues.

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