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« Faites des gosses ! » qu’il dit mon père

8 juillet 2004

Ou Les soldes chez H&M,

Je faisais la queue, que Rocco pourrait jalouser, aux cabines d’essayage depuis deux minutes et trente secondes lorsqu’une morveuse d’environ six ou sept piges rallonge le cortège en compagnie de sa maman et de sa mémé.
Ces trois poupées russes bruyantes animent la file d’attente derrière moi.
Au bout de quelques instants, la gamine effrontée se met à jaser sur mon sac à main en le trifouillant de ses petits doigts que j’aurai volontier craqués un à un : « roh il est zoli le sac de la dame ! »
– « Oui, arrêtes de le toucher ma chérie. »
– « Y’a des trucs brillants dessus ouah … »
– « Oui, ma chérie, c’est les perles, c’est bien ! »
– « Elle a de grands cheveux la dame, pis c’est une dame elle a une grande jupe comme dans Docteur Queen. »
Une petite goutte de sueur se forme alors sur ma tampe.
D’après mes statistiques, j’en avais pour au moins un quart d’heure avant d’aller me cacher dans une cabine. Je bous.
Elle touche maintenant mes articles en main, à savoir quatre jupes pour lesquelles j’endurais cette intenable attente.
Je tire donc les vêtements dans mon autre bras, celui avec lequel je lui fichais de discrets coups de coude. Elle me contourne alors et continue son petit manège gênant. Ses supposées surveillantes étaient plus occupées à choisir des strings-ficelle dans le rayon d’à côté en la remerciant d’un « c’est gentil, ma chérie, de faire la queue pour nous ! »
Le fait qu’elle m’ait prise pour bouc émissaire ne les troublait apparament aucunement. Peut-être était-ce la distraction favorite de la gosse dans les magasins pour poufs. Toujours est-il que moi, à l’âge-des-dents-qui-ne-poussent-pas-ensemble-juste-pour-te-faire-chier, je me contentais de tirer la langue aux vieilles biques à talons aiguilles.
Ses vieilles campagnardes de mère répètaient simplement à intervalle régulier « mais arrêêêteuh d’embêter la dame ! »
Me traiter de madame lorsque je suis de dos alors qu’on me donne, gracieusement, seize ans de face aurait pu me remonter le moral si je n’avais pas vu la chiarde, qui pendait sa caboche vers moi, enfoncer son index droit dans sa narine gauche approximativement jusqu’à la deuxième phalange touchant ainsi sa petite cervelle de linotte.
Bon. C’est normal. Les gosses mettent leur gros orteil dans le pif, c’est bien connu. Je vais pas en faire un drame non plus. Certain ravale aussi leur molard, bouffe les chewing-gums collés au béton pollué, se ronge les ongles des panards ou s’arrache les croûtes des bobos. Elle, son truc, c’était les doigts dans le nez.
J’aurais ainsi pu relativiser si elle n’avait pas mis, a posteriori, ce fameux index dans sa bouche.
Je fais de gros yeux, soupire et tente vainement de la pousser hors de mon espace vital soit cinq centimètres de diamètre autour de mes ballerines.
Ensuite, elle se met à toucher la jupe que je porte, celle de Caroline dans la petite maison dans la prairie bien sur, en la faisant voltiger comme si je dansais.
– « Ouais, bon, ça va, merde ! Va jouer à la princesse avec la tienne de robe ! » pensais-je si fort que des cosmonotes m’auraient entendue.
Je me retourne et la fusille. Du regard. Bien sur. Grave erreur : elle me tripote davantage et parle de plus en plus fort de moi.
Bon. Soit, je la prends par les pieds et l’a fais planer en rond puis je lui éclate sa gueule de rouquine contre un mur. Soit, je prends mon mal en patience. Puisque je n’ai pas les muscles appropriés, je choisis la seconde solution c’est-à-dire me taire et subir en dansant d’un pied sur l’autre et accessoirement en lui foutant des coups de cintres en guise d’armes d’auto-défense.

Ce tripatouillage dure jusqu’à ce qu’une vendeuse me donne un grand bout de carton matriculé d’un gros ‘4’. Une fois dans la cabine, jupes et sac à terre, en culotte devant les miroirs, je me réjouissais en songeant « rideau  » !
Après avoir revêtu mes jupettes et m’être biglée sous toutes les coutures, je file vers les caisses en gardant un article. Une attente aussi longue et surtout invivable comme celle-ci pour une seule fringue, c’était un peu rageant mais c’est C. qui m’aurait persécutée à la maison si je m’étais rappliquée avec une nouvelle garde robe.
Je m’aligne encore dans le rang, bien strictement comme on faisait à la petite école.
Soudain, j’entends une voix qui ne m’est pas inconnue …
– « Hey ! Maman, y’a la dame de nouveau là ! » rembrayait l’emmerdeuse juste derrière moi.
Là, j’ai assimilé tout le sens du mot « dégouté ».

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