Instagram

Instagram requires authorization to view a user profile. Use autorized account in widget settings

Mes amis les coiffeurs

15 février 2005

J’errais au milieu du centre ville en quête DU salon qui ne me ferait pas fuir avec de vieilles coiffeuses bigoudisées-permanentées sous des spots tamisées cachant les râtés à côtés de bacs d’avant-guerre. Attirée par une déco’ ultra moderne *, je me décide à entrer dans un salon de coiffure nommé « mod’s hair« . Mon penchant pour les tulipes dans des vases longilignes

transparents aura causé ma perte (pécuniaire du moins) : je me retrouve avec une facture

dont le montant salé tire vers trois mois d’EDF.

Mais il ne s’agit pas n’importe quel salon. Il est spacieux, chic, lumineux. Spacieux parce qu’il est vide. Chic parce qu’il est uniformément blanc. Lumineux parce qu’il est vide et uniformément blanc.
Ce cercle vicieux m’a trompé. Deux ans d’inexpérience capillaire m’ont valu une grave erreur quant aux choix de l’endroit de la tonte.
L’organisation est minucieuse et rigoureuse à la façon d’une usine. Chaque pouf a sa tâche personnalisée où elle excèle,

l’une taille, l’autre crâme, une autre shampouine, une autre se bat avec les noeuds …

La coiffeuse au poste de la taille m’expose « le bon compromis » entre les deux coupes qui me tentent à savoir couper tout,

tout court ou couper rien, tout long. Après maintes négociations, revues de presse fashion à l’appui, j’opte pour une frange

hyper courte effilée avec un méga degradé sur les longueurs « pour pas que ça fasse trop petite fille sage ». J’ai du être ferme

car la coiffeuse aurait pu convaincre une mémé de se laisser faire des mèches roses fluo.

Puis, elle commence son oeuvre d’art concentrée comme un peintre, spécialisation abstrait. Sous ma combinaison anti-cheveux-qui-piquent, je joins les mains et prie.

Elle me massacre le cuir cheveulu à coups de peigne super fin que mes pauvres cheveux n’ont jamais connus.

Pendant qu’on me coupe la touffe en long, en large et en travers, je réfléchis au management de

l’entreprise fructueuse. En effet, tout se paye et plus particulièrement dans un salon à la déco’ ultra moderne *. On banque pour les fauteuils en cuir inconfortables, les baies vitrées

quatre épaisseurs, les photos de starlettes accrochées ci et là, la dernière bagnole payée en quatre fois de la patronne, l’espace perdu du

salon en rapport intime avec les impôts, le laveur de vitre pas class du tout, les brosses 100% piques d’hérissons, …
Mais surtout, on indemnise la propreté : dès mon arrivée, on m’affuble d’une combinaison de

spationaute jetable que la coiffeuse standardiste déballe d’un sachet neuf devant moi, histoire de prouver sa stérilité. A

cela, s’ajoutent les serviettes jetables/déchirables. Ca rigole pas question hygiène chez « mod’s hair » !

Mon inquiétude augmente au fur et à mesure que les cheveux tombent. Que m’a t-il pris ? Pourquoi leur ai-je confié ma tête et mon porte-monnaie ?

Ensuite, elle délègue le boulot

chiant a la sècheuse, Sophie qu’elle s’appelait. Celle-là me fait un brushing à la Meldrose place en tirant sur les

longueurs avec sa brosse ronde menaçante greffée sur son avant-bras gauche comme si elle essayait de lisser du chewing-gum. Elle fait une gueule de six pieds. Moi de sept.
Je n’ai même pas droit aux célèbres jacasseries propres aux coiffeurs. Je ne suis pas confiante : des coiffeurs qui ne racontent pas leur vie ne sont pas vraiment des coiffeurs.
J’essaie d’esquiver un petit sourire forçé qu’elle ignore. Elle continue à rouler, étirer, rouler, étiiiirer en me balançant la tête d’avant en arrière. Je me sens à bord d’une auto-tamponneuse …

Elle éteint enfin son séchoir infernal et reste figée derrière moi cinq putains de minutes en regardant son chef-d’oeuvre et en passant ses doigts, creuveurs

d’oeils, dans la densité de la chevelure hypertrophiée. Elle tripote et admire, admire et tripote sans une once de gentillesse dans le regard. Elle aurait pu m’être reconnaissante. Je n’ai pas bougé d’un poil et l’ai laissé s’amuser avec ses gadgets sans broncher. Je pousse alors le plus long soupir de désagrément de

toute la planète. A ce moment, elle se décide enfin à se barrer.
Dans l’attente de la coupe-tiffs « pour effiler le tout » qui met trois plombes à ramener sa

fraise, je fracasse son superbe travail choucroutal en ébouriffant l’espèce de perruque qu’elle venait de me créer.
Bon à savoir : une grosse brosse ronde peut se substituer à une bombe lacrymo’ dans un sac à main à défaut d’un sèche-cheveux beaucoup trop volumineux (le séchoir mini compact deux vitesses / quatre températures pliable en trois avec embout diffuseur ne fera pas non plus l’affaire du fait de son conditionnement trop long en cas de besoin).

Vient enfin le grand moment du Final (avec un grand F comme Fais-vite-ça-me-soule) où l’artiste recoupe dans la crinière

complètement au pif sur des cheveux dont mes nerfs se sont fait un plaisir d’enrober d’électricité statique.
La coiffeuse préfère dire que « pendant les jours de vent c’est terrible de couper » … Cependant, je ne dois pas m’inquièter car elle va « mettre un produit qui enlèvera l’électricité« , bien sur elle ne précise

pas que la petite chiquette de semi noisette coûte quelque chose dans les huit euros.

-« Et voilà ! »
– « Ca y est ? »
– « Oui ! »
– « Han. C’est beauuu. »

On se dirige au guichet. Elle note sur un papier divers numéros, les additionne avec une calculette et me le pose sous les yeux. Mes cheveux se redressent cinq secondes à nouveau en l’air et je lui tend deux billets de vingt euros et un billet de dix. Elle me rend dix centimes que je place consciencieusement dans mon porte-monnaie vide.
Heureusement, elle m’aide à enfiler mon manteau, je vacillais légèrement.

No Comments

Leave a Reply

mes livres de crochet

zess

………………………….

zess

Bon plan :

Newsletter

shops :

pub


pub

Merci :

Mes photos ne sont pas libres de droit. Merci de m’avertir si vous souhaitez en utiliser une.

Instagram

Instagram a retourné des données invalides.

@zessfr

×