Avec un ascenseur ça serait mieux
Ou ce que C. me raconte
Pas plus longtemps que je sais plus quand, C. rentrait tranquillement à l’appart’, exténué par sa dure journée de travail. Il arrive devant notre palier, voit une lumière à travers la vitre et se dépêche d’ouvrir la porte. Il a du mal à entrer la clef dans la serrure.
Après quelques secondes d’acharnement il pige qu’il est au second alors qu’on crèche au troisième.
Il se rue vers les escaliers, le type de l’appart’ concerné sort.
C. lui explique qu’il s’est trompé en s’auto-foutant de sa gueule. Le mec retourne chez lui, sûrement en pensant que ses voisins ont l’air con.
Te gênes pas
Dès qu’on a eu les clefs de l’appart’, C. et moi commencions notre mini déménagement (mini puisqu’une seule chambre à transférer) en faisant des aller-retours la nuit. De l’armoire aux sacs bourrés de fringues, tout arrivait petit à petit dans l’immeuble qui sentait toujours la peinture.
Dans un énième voyage, chargés du moniteur pour C. et de planches pour moi, alors que nous entrions par la porte cochère, un gars plutôt un apparent clochard accompagné d’un énorme toutou nous pousse énergiquement pour s’introduire. La porte claque. Il nous bafouille qu’il est poursuivi, que quelqu’un veut lui faire la peau, qu’on doit l’aider …
Il se répète tout le long des escaliers qui mènent au troisième. Arrivés devant ma porte, on dépose nos affaires et le gars complètement tapé entre aussi et file se cacher dans le chiotte. Là, il commence à peine à nous énerver et C. le fout dehors.
« Merci les jeunes franch’ment vous me sauvez la vie » qu’il disait à nous ou à sa bouteille.
- « Y’a personne, t’es parano » répondait C. en parfait rassurateur.
- « Ouais tu crois ! J’dois faire une crise de parano’, putain … C’est la merde. Tu me ramènes jusqu’à ma voiture, j’ai peur moi … ils me feront rien si t’es avec moi … »
- « Yvan, fais-le partir maintenant … »
- « Faut que j’appelle les flics … » disait le porchtron.
- « Ben tiens je leur téléphone de suite » et je montre le portable que je venais de choper dans la poche de C.
- « Ah ! Non c’est bon, je m’en vais, allez … »
Ca tombait bien, on avait plus de crédit.
On redescend dans la rue. C. lui montre un bar plus loin et le mec y court.
Souvent, quand je rentre du boulot, je le vois qui traine toujours dans les rues alentours avec son clebs et d’autres confrères. J’aimerais pas qu’il recommence son petit manège, surtout quand je suis pas en compagnie de mon garde du corps.
Off line II
Qui dit emménagement, dit nouvelle vie qui dit nouvelle vie dit trie.
Et c’est ainsi que j’ai jetté des dizaines de bouquins, et des dizaines de cahiers griffonnées par ces mains qui tapent ces mots. Je n’ai pas pris la peine de mâter mes journaux intimes une dernière fois sous l’influence de l’énorme sachet poubelle béant qui ouvrait bien grande sa trappe à souvenirs gachés.
J’en ai gardé un. Un seul. Le premier qui m’a poussé à en écrire plein d’autres, celui qui a suivi la gamine de dix ans durant mon année au CM2.
A part ce côté déchirage de coeur en règle et peur attroce qu’un clochard ne fasse mes poubelles, j’ai aussi balancé pas mal de merdes ou plutôt des objets non identifiés : bout de tissus ressemblant légèrement à une jupe, bougie transformée en bouilli rigide (presque une oeuvre d’art), ampoulés grillés, cailloux (je ne parviens toujours pas à me mémoriser ce que je voulais en faire ou en ai fais), des fleurs séchés, des lettres.
Ah les lettres ! Ben tiens encore un crève coeur ces saloperies ! On les lit, on rigole, on se souvient et on finit par avoir la main réticente à les foutre aux ordures. D’un autre côté, garder de l’inutile c’est inutile certes, et doublement si on a pas de place et triplement encore si cette inutilité a des lustres !
Pis, des semaines après le démontage / montage de meubles au troisème étage, quelques cartons commencent à moisir dans un coin de l’appart’. D’ailleurs, des coins y’en a partout dans ce bâtiment tordu ; pas un mur n’est droit. Bref, dans l’attente de mon buffet de cuisine commandé, je fais l’apprentie cuisinière avec, en guise de meuble, un carton. Puisque l’esprit cordon bleu est ailleurs, j’ai du vite apprendre à manier louche, poële et technique cuisino-graisse-qui-te-saute-a-la-gueule-pasque-t’as-oublié-de-foutre-le-couvercle-de-la-casserolle. Que de belles découvertes, notamment celle de la crêpe en béton armé. J’en tire une bonne leçon ; à présent je sais qu’il ne faut pas balancer dans le chiotte la pâte à crêpe lorsqu’elle est trop épaisse (80% de farine pour 20% de lait) sinon elle reste dans la cuvette !
La première semaine, j’avais laissé mon courage au placard et on se nourissait au Quick, à deux pas de chez moi, très bon moyen de jetter son argent par les fenêtres n’est-ce-pas.
Un mois qu’on vit ici, un mois qu’on pose notre popotin sur un w.c. froid et dur. Pensez à acheter un couvercle pour faire caca sur un vrai trône.
Essaie, juste pour voir
A la liste des trucs qui piquent les yeux, après le schampoing, les chiens battus et l’oignon, je rajoute le dentifrice.
Ayant fait l’expérience d’une de ces gouttes tombées, maladroitement, dans mon oeil qui je peux l’assurer n’a pourtant pas de dents, je suis en mesure d’affirmer que derrière la ‘pâte à quenottes’ se cache un puissant répulsif dans la lignée de la bombe lacrymo’.
Nid douillet
Je n’imaginais pas que trouver un appart’ en location serait si difficile, un P2 décent surtout et pas hors de prix. Et dans Nîmes. Et dans un vieux bâtiment. Avec une baignoire si possible. Et des volets en bois comme dans le temps. Et des plafonds sans araignées. Et au dessous du troisème étage (après je cale). Et vue sur un beau jardin. Bon, je m’emballe.
C’est étrange de visiter pour soi et plus pour les parents.
J’en ai vu deux.
L’un trop petit où la cuisine faisait la taille du chiotte ; l’autre parfait : 38m² avec de grands murs blancs propres, des fenêtres hautes et le tout dans un p’tit immeuble typé dans le centre ville. Seul hic, aucune clarté ; quant je dis aucune c’est pas du tout, style entre midi t’es obligé d’allumer tes lampes pour pas te cogner. L’appart s’étalant autour d’une cour, le soleil n’atteint pas les vitres.
Dommage : 274 € / mois, charges comprises.
J’attéris pas encore : ménage, lessive, boulot, dodo, déco, restau’ bouffe, …
Un chien, un poisson rouge, un môme, une machine à laver, des « on va boire le café chez la belle-mère » et des listes de courses vertigineuses et je serais bientôt comme la reine mère.
Je me suis trompée ; le destin me rattrape.
Heureusement, ça me plaît pas mal.
Nullité suspecte
Au bout d’un moment, trop long, à regarder « usual suspect », j’ose attirer l’attention de C., qui avait déjà vu le film : « Chou … Je pige rien à ce film moi. »
- « Tais-toi c’est une référence. »
- « Ben c’est nulle comme référence. »
- « Chut … »
- « Y’a pas d’action, les acteurs sont nuls, et … »
- « Mais non, c’est pasque tu suis pas, t’es pas dedans ! »
- « Si si, je regarde et tout. Mais c’est nul. »
Quelques minutes plus tard, je ferme les yeux, parce qu’ils sont fatigués et qu’ils servent à rien en restant ouvert puisque y’a rien à voir de fantastique.
Alors je les laissent se reposer. Sauf que j’ai failli m’endormir.
C. n’a pas vu que je partais au pays des songes, puisqu’emboîtée dans lui, comme un bébé dans la position du foetus, il ne voyait, heureusement, pas ma tête.
Avant la fin du générique de fin, à peu près au moment où tout le monde fait « ouah putain comme il nous a bluffé ce connard de faux handicapé ! », C. lâche similairement un : « t’as vu ??! » sur un ton enjoué.
- « Vu quoi ? »
- « Ben qui c’était en fait, et tout … »
- « Ah ouais ouais, c’était le débile, ben c’est toujours nul hein ! »
- « Nan mais t’as rien pigé ou quoi ? »
- « Oui ça fait une heure que je te le dis ! »
































































































































