Bernard t’as perdu Bianca

22 octobre 2004

Ce matin, le réveil ou plutôt le portable-qui-n’a-plus-de-crédit-depuis-la-saint-glinglin-et-qui-sert-de-réveil a rempli son rôle et m’a fait sortir du plumard puisqu’il était stratégiquement posé sur la table du salon.

Neuf heures. C. est au boulot. Il n’a laissé traîner ni chemises sales, ni chaussettes puantes, ni gâteaux désintégrés, ni pourboires ferraillés. Il doit être vendredi pour qu’il soit d’une humeur soigneuse.

Je vais pisser sous les yeux encore enfarinés de Candy qui aurait préféré rester sous la couette. Je me regarde vite fait dans le miroir en pensant qu’un masque nutritif capillaire aux huiles essentielles de poireaux des îles et qu’un gommage au kärcher feraient du bien à cette sale gueule au teint de bouillabaisse. Je fais ensuite un tour dans le salon ; j’allume la télé sur france 5 qui diffuse « les maternelles », comme chaque matin où je parviens à me lever avant la fin de l’émission. Je dois être dans une période annuelle hormonale très active vu que je reste scotchée, les yeux rivés sur les reportages « perte des eaux », « le rôle du papa à l’accouchement » ou encore « comment masser son nourrisson sans lui casser une côte » avec une inquiétante attention.

Je retourne dans ma cuisine (c’est étrange je dis « ma » pour la cuisine alors que je dis « le » pour le salon; il semblerait que je devienne possessivement chiante sur le territoire de la femme, comme la reine mère qui filtre les entrées dans « sa » cuisine). En voyant l’évier, je me dis que « merde, la vaisselle ça se multiplie comme les gremlins dans l’eau ».

Alors que j’allais me réchauffer une tasse de café, je vois une boule de couleur brune et aux poils hirsutes tracer le long du mur d’une allure de touriste et filer sous le meuble. Ce n’est pas un gremlins ou un nounours vivant.

Tétanisée, je fuis au bout de quelques secondes, ma tasse vide à la main en tressautant comme une sauterelle bourrée. J’appelle alertement Candy et la met dehors le temps qu’elle fasse son caca du matin et que je puisse trouver une solution avec un cerveau si matinalement alarmé.

– « Je vais te faire la peau maître Splinter ! »

Il y a une semaine, C. et moi avions trouvé trois tablettes de chocolat rognées sur une étagère basse. Nous savions bien que le trou derrière le canapé, bouché par l’ancienne locataire sénile par d’épais bouts de tissus, cachait quelque chose de sournois ; finalement, ce n’était pas un magot. A présent que le trou a été rouvert par des petites dents expertes en grignotage tout terrain, nous allions être envahis par une armée de souris et serions commandé par un rat dictateur dans un régime politico-rongeur.

Ce jour-là, le souk foutu dans la maison avait été un échec et nous pensions que le rongeur (s’il faisait cavalier seul) était sûrement reparti dans son trou.

Maintenant, je suis, toujours en pyjama, isolée dans le salon barricadé, le cheveux gras et en pétard, la bête m’interdisant tout accès à la salle de bain. La cuisine est en quarantaine. La chambre est retranchée derrière des vêtements servant de barrage au dessous de porte. Pour aller faire pipi, je crée des sas de sécurité avec les portes.

Et, c’est qu’elle est pas conne cette souris. En plus de contourner la tapette pourtant alléchante avec son bout de fromage pourri, elle a pris l’habitude de se cacher depuis tous ses jours dans les recoins de la baraque alors que je la croyais repartie à la cave. Il a suffit qu’aujourd’hui je me la joue lève-tôt pour découvrir qu’une squatteuse velue errait illicitement chez nous. Finalement, j’aurais du continuer à faire ma larve avec une énième grâce matinée.

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