Les dirigeurs juges de vaches

5 avril 2003

Me lève à 7h30 avec Choubidou après une courte nuit de sommeil et j’me dis que je me couperais bien une oreille contre
quelques heures en plus de dodo.
C’est vendredi, faut aller où faut aller. Direction l’ifad, un grand bâtiment bleu aux allures de maternelle
avec une entrée des plus insolites : un escalier démesuré nous accueille comme une fourmis minuscule devant
l’architecture à la « chérie j’ai rétréci les gosses ».
Après avoir grimpé les marches de l’enfer, j’écris mon nom sur un papier et mon numéro d’anpe que je ne connais toujours pas par coeur.
Je ne vois que des vieilles fagotées comme des gitanes. Je m’aperçois que j’aurais du prendre une lettre de motivation, c’est écrit sur les affiches.
On est dirigé vers la cafet’ où, à peine arrivées, on nous propose, faux-cul, un café gratuit. Je refuse. Sinon je veux aussi du lait, du sucre, un croissant au beurre et un pot de nutella.
Les miss canne (le bâton pour les vieux pas la ville) débarquent petit à petit et rares sont celles qui ne veulent pas du café. Et, là, une remarque flagrante : je suis la seule qui n’ai pas dépassé le seuil de l’âge légale pour avoir un gosse.
Et voilà que j’ai envie de pisser.
On est toutes à nouveau prise en main comme une horde de vaches qu’on fait avancer.

Nous voici dans la salle de conférence qui a proprement parler est une pièce avec 4 tables de classes et un trentaines de fauteilles pas confortables. On pose notre cul sur ces dernières, le mien plus particulièrement au deuxième rang, pas pour faire
la lèche comme à l’école mais au cas où les présentateurs-dirigeurs de vaches me causent, je voudrais pas avoir à crier au fond de la salle (j’ai tiré des leçons du lycée).

Ils vont commencer leur one man show. D’abord, celle qui s’occupe de cette section : la grosse vache, petite et trapue comme un pit-bull, elle coupe la parole à tout-va et à du mal à s’exprimer normalement. Elle nous présente le reste de l’équipe. Un homme d’une trentaine d’années, payday vêtu d’orange fluo et de bijoux afro, chuchote quant il parle et s’endort quant il ne fait rien. C’est un conseiller anpe, précisément de la mienne (car y’en a trois pour ceux qui savent pas) mais bizarrement je l’ai jamais vu. Il est assis à côté d’une dadame maquillée et habillée de circonstance, elle sera (peut-être) notre professeur de secrétariat c’est à dire une prof de lycée râtée qui se recycle dans la formation adulte. Et, sa copine à elle, c’est une jeune obèsé top fashion qui porte une jupe jean paul gautier version armée et une blouse pareillée, chivenchy grande taille ; celle-là elle s’occupe de l’informatique ;  » avec moi les ordinateurs c’est jamais un problème madame » dixit jfo (= jeune fille obèse).

 » Donc on a du vous prévenir qu’il fallait prévoir la journée … « 
Euh …  » zugh » ! Une journée . Mais qu’est ce qu’ils veulent faire avec nous ? Une sortie spéciale troisième âge ou un pic nic dans le parc à crottes de chiens ?
Pendant une heure trente, on va être forcée d’écouter leur pseudo exposé qui détaille les cours. Certaines lèvent les yeux au ciel et elles ont pas tord : les 4 mousquetaires ne font que se répéter, emploient des mots incongrus et critiquent le système comme des concierges. Et, à
chaque fois qu’un d’entre eux privilégie les pluq de 40 ans ou prône que les jeunes doivent aller à l’école ou se démerder, je me sens visée.
Je préfère penser à autre chose et je me dis que j’irais bien pisser un coup. A la place, je sens mon
estomac crier à la famine alors je prie le dieu du temps de terminer ce calvaire au plus vite.
Souhait exauçé : ils font deux listes pour passer les « tests ».
Chouette on va enfin faire autre chose que les spectacteurs …
Je tombe dans le premier groupe. Tant mieux. La jfo me fait :  » j’peux me permettre de vous demander votre âge?  »
–  » hum, 19ans « 
Celle là elle passe sa vie à rire apparement, on l’entend glousser de partout dans le bâtiment comme un cochon qu’on égorge et ses blagues à deux francs que personne comprend commencent à me taper sur le système.

Le test de rapidité de frappe, voilà la première épreuve.
Fantastique je vais enfin mettre à profit mon passe temps favori…
On se retrouve dans une mini salle info avec un mini réseau et d’énormes sièges qu’à certainement dû
choisir la jfo.
La plupart des vieilles branches ne savent même pas ouvrir un logiciel ou imprimer. On nous donne d’abord 10 bonnes minutes
à nous entraîner sur le texte. On tape on tape.On tape encore. J’en ai marre, j’ai finis le texte et les autres cherchent encore les touches.
Attention ! Grand moment ! La dadame va nous donner le signal pour commencer le vrai test !
Cerise sur le tas de merde : on doit resaisir le même texte. Et, je pense que vraiment il leur manque la case « logique ».
J’ai largement le temps de le taper deux fois d’affilé tout en regardant les oiseaux par la fenêtre et en
me grattant le cul. J’exagère mais c’est presque ça.
Hop on file autre part pour un autre test. Cette fois, c’est extrêmement difficile et il faut faire appel à tout son bon sens pour réussir. Il s’agit
d’écrire une lettre classique à partir d’un papier d’infos. La moitié des mémés ont les neurones qui surchauffent quant elle gratte sur leur brouillon.
C’est terminé, la jfo ramasse les copies avec son sourire niais de dents tordues.
Premier moment de bonheur dans la journée : je peux me casser.

Téléphone, bagnole, baraque, bouffe.

Re bagnole et re escalier et re voir les têtes de cons. 13h30, rdv pour l’entretien individuel. Paraît qu’il faut se vendre …
–  » alors hmmm quelles sont tes motivations pour cette hmm formation ? hmm ?  » me demande le gay en tournant ses grands doigts les uns dans les autres.
–  » moi vouloir paufiner formation et moi vouloir faire stage  » repondis-je en gros.
–  » vous tapez vite !  »
– « … » qu’est ce que j’aurais bien pu répondre à une affirmation vraie ?
–  » oui donc vous tapez très vite. »
– « … »
Ouais ben voilà quoi, c’est la vie y’en a qui ont loupé leur vocation et d’autres non, toi t’es censée être une secrétaire et tu sais pas sauvegarder un docment ! ai-je pensé.
La dadame posait des questions indiscrètes du « pourquoi vous n’êtes pas retourné à la fac  » au piège con sur des problèmes posés  » vous ne seriez pas effrayée ? … Non ?.. Bien. »

D’après ce que j’avais senti depuis le début de la matinée, ils privilégient les mères de familles même si je suis en droit de me présenter. Ouais c’est dégueulasse.
–  » Bien plus de questions. Appelez lundi pour connapitre les résultat.  » m’a ordonné la dadame ou plutôt la pupute. Je suis pas devin mais je connais déjà les heureuses gagnantes.

Le soir on a bouffé au quick.

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