Les urgences

3 janvier 2005

Alors que les vampires sortaient s’abreuver, C. est pris d’une musclée rage de dent similairement violente au raz-de-marée asiatique *.
Les effets râlants ** et la boîte de codéine agissant autant qu’un coup de pied aux cul couilles, nous décidons d’ouvrir une parenthèse à notre nuit en déclinant dans la joie et la bonne humeur l’invitation insistante de Madame Morphée.

Attifée d’un soutif agrafé à l’envers, de chaussettes dépareillées et d’un pull chopé au vol assorti à ma taie d’oreiller, je sautais dans la bagnole, les cheveux à peu près aussi bien coiffés que ceux de Jane Birkin. Direction le CHU nîmois Carémeau réputé pour ses nouveaux bâtiments surdimensionnés et ses allées travesties en rue par des panneaux de circulation lui filant des allures de petite ville morbide où il fait bon mourir.
J’appris par la même occasion qu’un C. souffrant est un C. qui grille les feux rouges et bouffe les lignes blanches à la pelle.
Bien qu’à mon avis, les dents n’ont pas d’incidence biophysique sur la maîtrise des yeux, il semblerait que C. ait contracté parallèlement une baisse d’acuité visuelle. Je ne suis pas sûre qu’au moment où je lui exposais ma théorie, il l’avait bien prise (à savoir dans le sens de la circulation).
Heureusement, la ville dormait paisiblement et les flics étaient au poulailler entrain de piner leur dinde.

Passé le barrage et l’interrogatoire du gardien assurément formé au FBI et ancien membre de la mafia, nous avons la permission d’entrer aux urgences. A notre mauvaise surprise, nous découvrons qu’elles sont remplies comme un après-midi de mercredi où les gosses tombent des arbres et les papas se coincent le zgueg dans leur fermeture éclair à l’intérieur des chiottes du club de peinture sur hamster.
Pendant que nous faisions la queue leu leu, les cris de détresse d’un môme nous parviennent aux oreilles. A en juger par le décibel de ses hurlements répétitifs, il devait être charcuté à la scie sauteuse.
L’atmosphère se glace. L’agent de sécurité dit une banalité. Le peuple feint d’avoir les oreilles bouchées par dix kilos de cire humaine.
Je fais les gros yeux à C. qui me les rend d’un air de dire « après, c’est moi qui y passe ».

Puis, notre tour arrive et nous nous avançons enfin au guichet. Il est décoré par des guirlandes scotchées au sparadrap ; j’imagine alors des guirlandes de bigoudis orner les salons de coiffure à cet instant précis.

Derrière le comptoir, je discerne trois blouses blanches à même le sol qui encerclent ledit gosse qui s’égosillait de terreur, l’un des bras tenant une énorme seringue à la main, le tout dans un coin de la salle d’attente de pédiatrie.
Tout ce professionnalisme me file alors des frissons.
Une fois la carte vitale demandée, l’infirmier inscripteur nous demande d’un ton implorant et presque la larme à l’oeil : « maintenant, vous allez devoir vous séparer. Mademoiselle, patientez en salle d’attente ».
Le vieux croulant coulant de tous les orifices et la multitude de dingues présumés remplissant la salle de roulages de pouces ne me donnant par particulièrement envie de m’asseoir à leurs côtés, je file dans la voiture froide, noire mais tout de même plus chaleureuse que cet hôpital.
Des salles d’attente tout de baies vitrées charpentées, j’aperçois un homme figé qui m’observe aussi connement que je le fixe. Je finis par me dire qu’il a un torticolis aggravé et non un grain au cerveau.

Très vite, ce petit jeu d’imaginer le problème de santé de ces gens m’ennuie et je pars à la recherche d’un stylo dans mon foutoir ***

N’y dénichant rien d’écrivable, je retoune la charrette, une portière ouverte pour m’éclairer. C’est sans complexe que j’avoue ne pas connaître le bouton pour allumer les lumières et n’étant pas téméraire en automobile, je préférais m’abstenir de tout tripotage imprudent.
Je retrouve de vieux magazines d’entrevue, des cartes, des sachets de bonbons, du fric, un tournevis, une fiole de patchouli et un poing américain. Finalement, mes doigts tombent à tâtons sur un bic et je me sers d’une feuille intitulée « rapport géométrie véhicule » pour gratter ; le susnommé document n’étant pas soigneusement rangé dans un classeur à la maison, j’imaginais qu’il ne devait pas être important.

Des pompiers, plusieurs fois, font des cargaisons de supers grands malades tuyautés qui grillent, à coup sûr, la place de C. .
Sachant que l’autre jour, Schnoudeul avait poireauté cinq heures entre la mémé à moitié raide et le môme vomissant pour repartir avec une minable ordonnance de doliprane qu’elle avait déjà dans sa pharmacie personnelle, j’espérais utopiquement que C. sortirait avec des cachetons de morphine en poche.

Ont-ils séquestré C. en observation dentaire le restant de la nuit ?
A t-il été sauvagement violé par des apprenties infirmières alors qu’elles lui administraient un puissant suppositoire ?
A-t-il eu le privilège de rencontrer un double du Docteur Green ?
A t-il été entubé faute d’être& intubé ?

En définitive, il est ressorti avec ça :

* Si vous voulez faire un don, sortez les cartes de crédit.

** Efferalgan.
*** Sac à main féminin.

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